Monday, December 04, 2006

Rencontre du 3e type

Ils étaient quatre. Deux hommes et deux femmes. Le premier était dans dans la quarantaine, petit, les cheveux bruns. C'était le chef. Le second était visiblement plus jeune. Grand aux cheveux noirs, il canalisait difficilement son envie de trouver le coupable. Enfin les deux femmes restaient à l'extérieur de la pièce du crime pour garder le périmètre.

La pièce en question était meublée de deux machines à café, deux imprimantes, un ordinateur à accès libre, de même qu'une grande table hexagonale et un tableau noir. Deux personnages, dont le narrateur, étaient en train d'écrire des signes cabalistiques au tableau noir, tout en parlant, avec force gestes, une langue inconnues des quatre gendarmes. Ils avaient dans la vingtaine, semblant trop jeunes pour travailler dans cet illustre institut militaire.

-Bonjour messieurs, qu'est-ce que cette salle? Interrogea le chef

-Bonjour, c'est la salle à café de l'institut, repondis-je

-La salle de repos, donc.

-La salle commune, en effet.

-La salle de repos! corrigea le chef

-On ne se repose pas, dans cet institut, on travaille, monsieur!

-Et c'est vous, le responsable, monsieur, interrompit brutalement le plus jeune des gendarmes.

-Non, ce n'est pas moi.

-Mais vous faites quoi, ici, alors?

-Je travaille.

Le jeune gendarme incrédule, insiste. Il donne l'impression d'avoir trouvé sa proie et ne veut pas la lâcher.

-Mais c'est une salle de repos

-Non, monsieur, c'est une salle commune.

Le chef, plus calme, répète la question centrale

-Qui est le responsable?

-J'en sais rien, demandez au secrétariat

C'est cette remarque qui achèva la conviction du jeune gendarme. J'étais le coupable recherché. Comment quelqu'un travaillant dans un institut militaire peut ne pas connaitre la chaîne de responsabilités? Je ne pouvais donc pas travailler ici. En plus, j'étais trop jeune

-Comment ça, vous ne savez pas?

-Non, je ne sais pas, demandez au secrétariat!

Le chef reprit la discussion et explique enfin la situation. Un jeune homme aurait été vue la nuit précédente, dans cette salle, en train d'utiliser l'ordinateur qui s'y trouve. Ils ont donc été appellés pour enquêter. Il me demande de voir si l'utilisation de l'ordinateur nécessite un mot de passe. Comme ce n'est pas le cas, il me demande si l'on peut accéder à des "secrets" depuis ici. Je ne peux pas m'empêcher de sourire à cette question saugrenue sous l'oeil toujours aussi inquisiteur du jeune gendarme. Des secrets dans un institut de physique théorique...

Une fois le chemin vers le secrétariat expliqué, les gendarmes repartent. La discussion fut courte, mais nous a laissé un goût particulier. Mon collègue avec qui nous parlions de "mu-termes", de "D-branes" et de "superpotentiels" au tableau noir ne parle pas très bien français. Il me demande ce qu'il s'est passé. Il me dit avoir eu l'impression, dès l'entrée des gendarmes dans la pièce que l'on était vu comme étant coupable de quelque chose. J'ai eu le même sentiment désagréable avec le jeune gendarme. Son regard appuyé, son ton agressif m'ont immédiatement mis dans une position de défense, ce qui, en retour, a accentué sa méfiance envers moi.

C'est un cercle vicieux qui a rapidement biaisé la discussion et qui nous a laissé un arrière-goût désagréable. Même sans avoir compris ce qui se tramait, la communication non-verbale des gendarmes et la mienne étaient explicites: J'étais coupable.

Je vous soulage, malgré ce traumatisme, je ne compte pas aller brûler un bus de la RATP ni caillasser un véhicule des pompiers...

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