Thursday, December 07, 2006

La fable des deux fourmis.

Certaines personnes m'ont écrit pour se plaindre de ne pas savoir ce que je fais comme recherche. En particulier, ils n'ont jamais entendu la fable de la fourmi que j'ai évoqué dans un des premiers messages de ce blog.

Lorsqu'une personne me demande ce sur quoi je travaille, je réagis de plusieurs manières différentes selon le contexte de la discussion. Si c'est dans un contexte professionnel et que la personne qui me pose la question peut potentiellement collaborer avec moi, je lui dis la vérité avec multiples détails et le vocabulaire technique qui va avec. Si c'est dans un contexte professionnel mais que la personne est membre d'un groupe concurrent, ou peut potentiellement travailler sur des recherches semblables, je lui répond que "Oh, tu sais... Je travaille sur mille et un projets en ce moment". Si la personne insiste, j'évoque une contination de l'article que j'ai précédemment publié, tout en restant vague.

Si par contre on me pose la question lors d'une occasion sociale extra-professionnelle, mon approche est différente. Depuis le début de ma thèse, j'ai développé une stratégie. Comme mon travail de diplôme, puis le début de mon doctorat traitait des corrections aux lois de Newton dans le contexte de grandes dimensions supplémentaires dans la théorie des cordes, j'expliquais à mes interlocuteurs que je travaillais sur les "mondes parallèles". En effet, dans ma première publication, nous avions construit un modèle de D-branes parallèles qui sont séparées par un dimension à grande distance (grande veut dire beaucoup plus grand que le "rayon d'un électron", soit typiquement quelques millimètres). Ces différentes D-branes sont en fait des membranes qui couvrent en autres toutes les quatres dimensions que l'on connait (temps, hauteur, largeur, longueur) et où peuvent se propager les interactions ( ou "forces") comme l'électricité, la radio-activité ou l'interaction dite "forte". Ce sont donc des "mondes". Et comme, dans ce type de modèles, ces mondes ne se rejoignent pas, et qu'ils sont séparés par une distance pouvant aller jusqu'au millimètre dans des directions orthogonales aux nôtres (5e, 6e dimension, ect...), ce sont des mondes parallèles.

Lorsque je parle de dimensions supplémentaires et de mondes parallèles, il y a typiquement deux réactions différentes. Il y a soit un "ah, intéressant" poli suivi d'un commentaire admiratif sur le punch servi, soit les gens sont interessés et demandent plus d'explications.

C'est pour ces gens là que la fable des deux fourmis a été développée. C'est la triste histoire des deux fourmis qui ne peuvent pas se voir. La première fourmi se trouve sur le sol où elle peut marcher librement. Cependant, elle ne peut pas voir ce qui se passe au dessus d'elle. Donc pour cette fourmi, seul existe ce qui se trouve devant et à côté d'elle. Pour cette fourmi, il n'existe que deux dimensions. La deuxième fourmi se trouve sur une table située au dessus du sol où se trouve la première fourmi. Pour elle aussi, la vie est dure. En effet, comme sa consoeur, elle ne peut voir que devant et à côté d'elle. Elle ne voit que deux dimensions. Le sol et la table sont donc deux mondes parallèles pour "la conscience fourmi-esque". Cependant, pour nous qui voyons trois dimensions, ce ne sont pas deux mondes parallèles, mais deux objets dans un monde plus vaste, à trois dimensions.

En généralisant cette idée, il est possible que notre perception soit partielle et qu'en fait, il n'existe pas que la longueur, la largeur et la hauteur, mais aussi d'autres dimensions que l'on ne "voit" pas. Ces dimensions pourraient nous séparer de mondes que l'on considèrerait comme "parallèles".

Je pourrais aussi parler des conséquences expérimentales de l'existence de dimensions supplémentaires et des mondes parallèles. Mais ce post est suffisamment long... Ce sera pour un prochain épisode

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