Systématiquement, lorsque l'on se trouve dans un arrêt de métro, ou dans une gare de RER, une voix féminine nous demande d'être "vigilant ensemble" en regardant autour de nous si des objets ont été laissés à l'abandon. Dans ce cas, elle nous demande d'en avertir immédiatement un agent de la RATP ( qui probablement va appeler la police , qui va appeler Sarkozy, qui a son tour va appeller le RAID ou le GIGN). Cela provoque régulièrement des retards sur certaines lignes, en particuliers la ligne RER B dans la région de la gare du Nord.
De la même manière, lorsque l'on se trouve dans une gare comme celle de la gare de Lyon, il n'est pas rare de trouver des militaires en armes patrouillant sur les quais.
Ces deux phénomènes sont la partie visible d'un plan appellé le plan Vigipirate qui est un plan de vigilance antiterroriste. Elle comporte autant de raisons purement sécuritaires (appel à la vigilance, présence visible et éventuellement réactive d'hommes en armes) que des buts de communication publique (la visibilité des hommes en armes rassure la ménagère de moins de 50 ans).
Lorsque l'on quitte les transports publics, on se trouve dans une certaine ambiance tendue. Les appels et les armes nous rappelle une réalité qui n'est plus celle de la quiétude et de la confiance. En fait, pour être honnête, on en sait rien. On ne sait pas, comme simple citoyen, si la menace est réelle ou si elle est exagérée. Alors lorsque l'on rentre chez soi et lit les journaux ou regarde la TV, on tombe sur des articles parlant de cette menace et de sa recrudescence possible avant les élections (Rappellez-vous Madrid!!). Les experts et les medias! C'est le troisième aspect de cette atmosphère pesante (psychose?). Ils sont présents pour donner du poids aux appels des autorités à la vigilance. Evidemment, il y a autant d'avis que d'experts. Cette cacophonie des opinions rend le sentiment de menace encore plus diffus. Et qui dit confusion dit prudence. Lorsque l'on se sait pas ce qui se passe, on est plutôt tenté d'être prudent. Donc vigilant. La boucle est bouclée.
Cette environnement légèrement oppressant affecte évidemment notre vie quotidienne. Samedi, je suis monté dans une rame de métro de la ligne 1. Au pied d'un pilier se trouvait un sac à dos de montagne et personne autour. Je n'ai pas pu m'empêcher de regarder autour de moi si une personne a un look qui pouvait correspondre à un sac à dos de montagne. Personne. Quelques hommes en cravate, une femme avec son enfant. Personne ne correspond à l'idée que je me fait d'un propriétaire de sac à dos de montagne. En fait, personne ne semble être même préoccupé par ce sac. Mes pulsations montent légèrement. Que faire. Demander s'il appartient à quelqu'un? Actionner l'arrêt d'urgence de la rame ( :) )? Finalement, arrivé à Chatelet, les portes s'ouvrent et je sors de la rame sans rien faire, l'esprit pas totalement rassuré.
Aucune bombe n'a explosé ce jour-là.
On peut se demander où s'arrête la vigilance et où commence l'habitude. Peut-être que ce jour-là, j'aurais pu être en danger. On s'y habitue peut-être, tant que ce danger reste diffus, presque virtuel. Si je vivais en Israel, où le danger est réel, ma réaction aurait sûrement été très différente.
Il y a quelques jours à la mensa, un sac se trouvait sous la table où l'on s'était installé. Un collègue l'a pris et l'a déposé naturellement à quelques mètres de là, sous les yeux amusés d'un invité israélien. Ce dernier nous explique alors que dans son université, ce sac abandonné aurait provoqué l'évacuation de la mensa et l'arrivée des démineurs. On ne vit définitivement pas dans le même monde.
Le danger, entre la réalité et sa perception...