Cela va faire 5 mois que j'ai comencé mon premier postdoc et les appréhensions commencent à apparaitre. Ca se passe comme un enfant qui sort du douillet cocon familial. Si le doctorat est l'enfance de la recherche, le postdoc est l'adolescence scientifique. On découvre un nouveau monde de beauté et de liberté. On est plus assujetti à une autorité tutélaire. La beauté est celle des discutions avec d'autres adolescents plus ou moins expérimentés. Ils nous amènent à la découverte de nouveaux horizons dont nos parents ne nous ont pas fait sentir le parfum. On sort du carcan familial, on s'enivre de nouvelles théories. Tout est beau, tout est digne de recherche. C'est un tourbillon de nouveauté qui nous fait tourner la tête. Et l'ivresse, on aime ça. L'adolescence, c'est aussi la liberté. Car après avoir découvert de nouveaux horizons, l'adolescent est libre de partir à leur découverte. On commence une centaine de projets, on a des milliers d'idées à défricher. On en a toujours rêvé. Et là, le rêve devient réalité.
C'est la première phase de l'adolescence. Elle est belle et excitante. Mais très rapidement, la seconde phase arrive. Elle est faite de gueule de bois, de choix et de responsabilité. Car toutes les idées d'un adolescent ne sont pas bonnes. Certaines n'ont même pas de sens, mais l'adolescent ne s'en rend pas compte. Après quelques discussions avec les adultes de son nouvel environnement, il remarque qu'il doit en abandonner. Il remarque ensuite qu'une journée n'a que 24 heures. Et que ce temps est trop court pour achever tous les projets. On ne peut pas courir plusieurs lapins en même temps. Il faut donc faire des choix. Se donner des priorités. Le plus difficile pour un adolescent lorsqu'il fait un choix, c'est son manque de maturité. Il doit faire son choix sans savoir s'ils sont les bons.
Cela amène à la responsabilité. Car l''adolescent vit dans une société à laquelle il doit présenter ses travaux. Pour un postdoc, cela s'appelle une publication. Bien qu'il arrive qu'un enfant publie sans coauteur, c'est rare. Cela l'est moins pour un adolescent. Et lorsque l'on publie seul, par définition, il n'y a personne pour controler, conseiller ou corriger. Que ce soit un anglais approximatif, des calculs erronés ou un intérêt limité du sujet de la part de la communauté, face à toutes ces difficultés, l'adolescent scientifique manque d'expérience. Il perd pied, car personne, avant le peer-review, ne lui dira si son travail a de la valeur.
Tel est le paradoxe d'une vie de postdoc. Telle est la vie d'un adolescent scientifique. Excitante et déstabilisante